
Les Tribulations d'une citadine aux champs est une chronique champêtre. Si vous êtes curieux des légumes et de ce que bio signifie concrètement pour les gens qui les cultivent, cette rubrique est pour vous: dans le cadre d'un congé sabbatique, j'ai eu l'occasion de partager pendant deux mois le quotidien de l'équipe d'Urs Gfeller, le maraîcher qui fournit les légumes à Lumière des Champs et vous relate ici mon expérience à Sédeilles.
Le premier volet de la série relate au jour le jour mon vécu de citadine aux champs en août et septembre 2009. J'y décris aussi comment, dans une exploitation biologique, on gère les mauvaises herbes sans produits chimiques.
Le deuxième volet, publié de mi-février à mi-mars 2010, décrit ce que j'ai pu observer de la lutte biologique contre les prédateurs (mammifères, insectes, champignons).
Dans le troisième volet, publié en avril 2010, je montrerai le résultat de tout ce travail: les légumes dans les champs.
Elisabeth Baudat


Vendredi 7 août 2009
Ça y est ! Le blé que nous avons semé pour l'avenir cet automne à Sédeilles est récolté ! Il est magnifique !

Ce matin, Urs Gfeller revient enchanté de Granges Marnand où il est allé le nettoyer et le faire analyser: les 125 kg semés cet automne ont produit 2675 kg de blé tendre, bien dense (79,3 kg par hectolitre) et bien sec (13,9% d'humidité): il ne sera pas nécessaire de le sécher pour le stocker. Nous allons en transformer une partie en farine et vous en recevrez 1 kg dans les paniers !




Lundi 10 août 2009
Samedi matin, j’étais sur le point de partir à Fribourg munie de mon appareil photo pour voir le marché où la rumeur court que le stand d’Urs est la vedette. La météo en a décidé autrement : des trombes d’eau m’ont découragée et j’ai renoncé. Bien m’en a pris car à Fribourg les rues étaient transformées en rivières et les clients se sont faits très rares. Urs et son équipe ont dû rentrer avec leurs cageots presque pleins….
C’est là que des associations comme Lumière des Champs ou Notre panier bio jouent un rôle particulièrement important puisque la plupart des légumes se gardent facilement quelques jours et ne sont donc pas perdus. Urs est très bien organisé pour ne pas dépendre de la grande distribution : il fait les marchés le mercredi et le samedi. Les légumes sont cueillis le jour précédent et proposés immédiatement dans son magasin de la ferme, de 17 h à 19 h. Les clients se pressent au portillon pour profiter de la qualité et de la fraîcheur de ces légumes bio ! Le lendemain les légumes sont vendus au marché ou mis en paniers. Quel travail derrière tout ça ! Je vous en donnerai un aperçu dans les prochains épisodes.
Et pour ceux qui ne le connaissent pas, voici une photo du magicien, comme l’appellent d’autres maraîchers.




Mercredi 12 août 2009
Vous avez regardé l'émission À Bon Entendeur sur la Télévision Suisse Romande ce mardi 11 août ? Si oui, vous avez vu Urs Gfeller présenter ses plantons de tomates de variétés rares. Si non, vous pouvez visionner l'émission de la minute 14 à la minute 16, en cliquant sur www.abe.ch. L'émission a été enregistrée au printemps.
Urs est considéré comme spécialiste de plantons d'espèces rares. Le Centre Pro Natura de Champ-Pittet, près d'Yverdon, a notamment fait appel à lui pour dénicher les légumes que leur avaient conseillés les spécialistes de la Fondation Pro Specia Rara pour le Jardin des Délices inauguré en juin (Le Courrier du 23 juin 2009).
J'ignorais tout de l'émission quand j'ai décidé d'aller voir le stand Gfeller au marché de Fribourg, avant 8 heures, comme me l'a conseillé Urs.



À cette heure-là, les nombreux clients de la première heure sont partis, il y a un moment de calme. Urs en profite pour aller livrer lui-même quelques sacs pour des commandes, à pied, dans la ville. «On fait tout pour les clients. Presque tout !»
Il s'est levé avant l'aurore (à 2h45 !) pour cueillir à la lampe de poche 180 fleurs de courgette avant le départ pour Fribourg (à 4h15 !) où il a monté son stand pour être prêt pour l'ouverture du marché (6 heures).
Dès 9 heures, c'est la foule…



Vendredi 14 août 2009
Aujourd'hui, à Sédeilles, c'était jour de désherbage et d'éclaircissage dans le champ de panais. Les pousses ont atteint 5 cm de hauteur; il ne faut en laisser qu'une tous les 10 cm. Ce travail-là doit également être fait dans une exploitation maraîchère traditionnelle. C'est un travail certes long mais agréable: les mini-panais en surnombre offrent peu de résistance. Ce n'est pas le cas des mauvaises herbes (millet, chardons, rumex...), qui donnent du fil à retordre aux travailleurs des champs biologiques ! Heureusement, Urs gère très bien le problème. Pour savoir comment, revenez lundi !


Lundi 17 août 2009
Comment Urs Gfeller lutte-t-il contre les mauvaises herbes sans herbicide ?
Par la rotation des cultures, d'abord: pendant l'hiver, il consacre un mois à la planification. Il a divisé en 12 parcelles les 5 hectares des ses cultures en plein champ. Il laisse chaque parcelle en prairie pendant 4 ans. Il plante ensuite les légumes les plus gourmands en azote, par exemple des courges puis des carottes ou des céleris, ensuite des oignons, des haricots, des céréales et enfin de la luzerne ou du trèfle, légumineuses qui, grâce à des bactéries présentes sur leurs racines, parviennent à capter l'azote de l'air (100 kg d'azote par hectare et par an). Urs n'ayant pas de bétail, il doit veiller tout particulièrement à cet apport d'azote.
Dans la mesure du possible, la plupart des parcelles sont cultivées deux fois par an. Une plantation assez dense laisse moins de place aux adventices. Cette diversité de culture limite non seulement la possibilité de s'implanter des mauvaises herbes mais également des insectes, champignons et autres virus ou bactéries.
Si la suite de la saga des mauvaises herbes vous intéresse, rendez-vous demain !



Mardi 18 août 2009
La Saga des mauvaises herbes (suite mais pas fin: on n'a jamais fini, avec elles !)
Vous imaginez bien que ces malignes ne se laissent pas faire comme ça: il faut mener la lutte sur plusieurs fronts.
A Sédeilles, le spécialiste c'est Reto, qui a terminé son apprentissage chez Urs l'année dernière et revient deux jours par semaine avec pour seule mission la lutte contre les mauvaises herbes ! Il utilise un petit tracteur avec un outil qui permet de les hacher menu entre les lignes de légumes. Dans un deuxième temps, il retourne ce hachis avec la terre à l'aide d'un grand motoculteur.
La largeur des lignes de légumes est la même (37 cm) sur tout le domaine; ainsi Reto n'a pas besoin de régler l'écartement des outils du tracteur.
Pour désherber les chemins, Gottfried, le papa d'Urs, a fabriqué une sarcloir de son invention qu'on peut fixer au tracteur et qui permet de racler les mauvaises herbes.
A demain pour un nouvel épisode !

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 Reto derrière son motoculteur
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19 août 2009
Si quelqu'un devine ce que montre cette image et m'envoie la réponse à l'adresse elisabeth.baudat[at]gmail.com, je continue mes tribulations.
A bientôt, peut-être ....



20 août 2009
Ça y est, deux personnes ont déjà donné la bonne réponse à la devinette d'hier, Denise Dorthe et Fernand Veuthey.
Bravo ! Je continue donc ces tribulations.
Il s'agissait bien d'un des sarcloirs dits en patte d'oie utilisés par Gottfried Gfeller pour réaliser sa machine à désherber.


Gottfried a utilisé des pièces de récupération qu'il a assemblées. Il a eu l'idée de fixer six sarcloirs entre les roues du tracteur pour arracher les intruses entre les trois lignes de légumes.


Mais ce n'est pas tout ! Il a aussi fixé six autres sarcloirs, plus grands, à l'arrière du tracteur pour désherber les chemins. C'est l'un de ceux-là qui était l'objet de la devinette.
Pour sarcler les mauvaises herbes, il faut appuyer fort: c'est le rôle des deux sacs de terre placés sur une planchette au dessus des sarcloirs.


Comme il restait de la place à l'avant du tracteur, Gottfried a fixé un semoir à engrais (la pièce rouge et blanche). Les tuyaux noirs qui en sortent sont placés de manière à guider les pellets d'engrais organique dans les trois sillons juste avant le passage des sarcloirs.


Cette astucieuse machine permet ainsi de désherber, engraisser et incorporer l'engrais à la terre en un seul passage: génial ! Vous imaginez l'efficacité d'un tel engin !
Et pourtant, vous verrez bientôt que ça ne suffit pas toujours !


21 août 2009
Vous vous souvenez de la devinette de l'épisode 7 ? Eh bien Helen a une proposition:
C'est la flèche de Cupidon qui prépare la terre pour y mettre au chaud sa petite graine.
Toujours aussi poétique notre Helen .... Et elle a raison, Cupidon a passé par Sédeilles, c'est bien visible:



24 août 2009
Les mauvaises herbes, ça n'en finit pas...
Un autre moyen de les combattre consiste à préparer le champ, les laisser venir puis semer en leur présence (carottes, haricots). Reto surveille de près la germination et quand les pousses sont prêtes à sortir de terre il brûle les mauvaises herbes à l'aide d'un brûleur à gaz fixé sur son tracteur. Ainsi les légumes peuvent prendre de l'avance sur les adventices. Je peux attester que ça marche: j'ai ramassé beaucoup de haricots et n'ai effectivement vu que de très rares intruses ! Il faut dire que mes collègues en ont quand même arraché pas mal lors de la première récolte...


25 août 2009
C'est la période de l'arrachage des oignons.A Sédeilles, le champ se présente comme ça:


En arrachant les mauvaises herbes, pardi ! On les regroupe sur les chemins et c'est seulement après qu'on découvre les oignons, groupés par 6 ou 7 au ras du sol. Il faut les arracher et les mettre à sécher en ligne. Cette année, avec la chaleur, ils ont vite séché. Les hommes les ont rentrés hier.
Il n'y a qu'une récolte d'oignons par saison (6 à 7 tonnes)




27 août 2009
Et voici une dernière astuce (à ma connaissance) pour gagner quelques batailles contre les mauvaises herbes.
Plutôt que de semer en pleine terre, Urs fait lui-même ses plantons. Il prépare au préalable des cubes d'un terreau spécial à base de tourbe et de compost qui sont placés dans des caissettes.


Les graines sont semées à la main dans ces cubes qui sont mis aux soins intensifs dans une serre spécialement réservée à cet effet.


Quand ils sont assez grands, les caissons sont sortis de la serre et mis à l'ombre pour s'acclimater au plein air. Il faut veiller à l'arrosage, surtout quand il fait aussi chaud que ces jours !


La transplantation provoque un stress chez la plante mais c'est tout bénéfice: elle réagit en se développant plus rapidement et comme elle a déjà une taille correcte, elle profite de son avance pour faire de l'ombre aux mauvaises herbes.
Seul le millet n'en a cure: il pointe sa flèche droit vers le ciel à une allure époustouflante ! Il faudra l' arracher lors de la première récolte.


Demain, si le coeur vous en dit, vous saurez ce que deviennent les plantons.


29 août 2009


Mais non, c'est le tracteur harnaché pour la mise en terre des plantons, prêt à accueillir trois planteuses sur sa banquette centrale.


Et voilà les planteuses au travail:


Il s'agit de placer un par un les plantons dans une demi-douzaine de réceptacles fixés à cette roue. Le fond du réceptacle s'ouvre juste pour laisser tomber le planton et se referme pour recevoir le prochain. Nous sommes trois dames, sous un soleil de plomb, à faire de notre mieux pour démêler délicatement les racines enchevêtrées et placer dans le bon sens chaque cube de terreau surmonté de son panache vert.
Vous connaissez Petzi fermier ?


Vous le saurez dans le prochain épisode !


30 août 2009
Y a-t-il un pilote dans le tracteur ?
Eh bien non, comme vous constatez !
C'est Reto qui a placé correctement le tracteur au début de la ligne. Ensuite, il a mis le pilote automatique (des tuyaux en PVC qui sont abaissés au sol horizontalement à l'avant et suivent les sillons; on les voit sur la première image de l'épisode 13). Maintenant il marche derrière pour compléter les trous de nos ratés. Il remplace aussi les cageots de plantons quand ils sont vides en veillant à nous donner la bonne variété.
C'est tout un art d'ajuster la vitesse du tracteur et celle de la rotation des roues jaunes à la dextérité des planteuses pour que les salades soient à la bonne distance !



31 août 2009
Nous avons planté un deuxième champ sous le soleil. Je m'inquiétais de l'état des plantons qui ressemblaient plus à de la laitue cuite qu'à de la salade bien fraîche !
Heureusement, Urs ne s'arrête pas de travailler à 18 heures; il est venu les arroser dans la soirée, quand le soleil ne risquait plus de provoquer des brûlures aux plantes mouillées.
Voilà le résultat après quelques semaines:


Et pour terminer, Les salades prêtes à vendre ! Enfin !
Un dernier arrosage pour qu'elles restent bien fraîches et départ pour le marché !



2 septembre 2009
Lundi, nous avons planté du cresson d'hiver.
Il s'agissait de placer dans un creux au centre de chaque cube de tourbe cinq ou six minuscules graines prélevées à l'aide de l'étiquette en carton pointue.


Une fois ce travail effectué dans chaque cube du cageot, nous recouvrions le tout d'une couche de Vermex: c'est de la roche volcanique, en paillettes brillantes et claires, qui protège les graines, évite le dessèchement, réfléchit la chaleur (pour que la motte ne chauffe pas trop) et la lumière; si les jeunes feuilles sont suffisamment éclairées par dessous, la plantule ne prend pas trop vite de la hauteur et devient robuste. Astucieux, non ?


Les cageots ont ensuite été placés dans la serre réservée aux plantons.


Pour finir, l'arrosage automatique a été enclanché : c'est une barre horizontale munie de jets, qui fait neuf aller-retours sur toute la longueur de la serre.





9 septembre 2009
Qu'est-ce qu'on cultive dans le champ au premier plan ? Ça ne se voit pas du premier coup, je vous l'accorde.


Il ne vous semblait pas que les feuilles de fraises ressemblaient à ce qu'on voit sur la photo ci-dessus ?
C'est qu'elles se cachent bien parmi les envahisseuses !
Pourtant, toutes les précautions ont été prises: des bâches en plastique recouvrent entièrement les plates-bandes, les jeunes fraisiers ont juste un trou pour sortir. Seuls les chemins sont à nu. Etaient à nu, plutôt: les adventices ont vite profité de la situation !
Qu'à cela ne tienne, une dizaine de travailleurs finiront bien par en venir à bout !

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 Quelques désherbeurs installés sur leur tabouret à tout faire
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Vous connaissez ce joyeux luron ?

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 C'est Roger Baumann, de Lumière des Champs qui nous prête main forte les mardis à Sédeilles.
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17 septembre 2009
Cette semaine, dans vos paniers, des tomates sauce, des vraies, qui ont poussé en pleine terre et en plein air, comme en Italie. Elles s'appellent d'ailleurs Roma. Les plants en produisent des quantités astronomiques mais nous ne ramassons que les plus belles. Leur culture facile permet d'en avoir suffisamment pour faire une provision de sauce pour l'hiver.

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 Culture de tomates en plein air
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Leurs nobles soeurs, les tomates cristal, cerise, les variétés anciennes (coeur de boeuf, rose de Berne, ainsi que diverses tomates jaunes ou violettes) sont également cultivées en pleine terre mais sous serre.

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 Culture de tomates sous serre au mois de mai.
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25 octobre 2009
Pour faire une bonne choucroute



recommencez avec une nouvelle couche de chou jusqu'à ce que le tonneau soit plein. Laissez fermenter quatre à six semaines: les bactéries lactiques font le travail; puis régalez-vous !
Pour en savoir (beaucoup) plus: www.vignes.be/choucrou.htm
Pour la suite des Tribulations, rendez-vous en haut de la page dans l'onglet Tribulations II
Merci de m'avoir suivie jusque là !
Elisabeth Baudat
